merkel-berlusconi-sarkozyTroisième 'manovra' du gouvernement Berlusconi : une offensive de classe contre le monde du travail face à un front syndicats/patronat/opposition de 'gauche' pour « une autre politique de rigueur »



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Moins d'un mois après la deuxième « manovra » (plan d'austérité) présentée par le ministre de l’Économie Giulio Tremonti, voici la troisième mouture d'un plan qui prévoit 49 milliards de sacrifices pour les travailleurs italiens (s'ajoutant aux 41 du plan de juillet 2011 et 27 milliards du plan de 2010). Un plan d'austérité concocté en collaboration pleine et entière avec la BCE, la Commission européenne et le directoire de fait de l'UE composé de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel.



Si la presse insiste sur les mesures les plus cosmétiques du plan d'austérité, telle que la taxation exceptionnelle des plus hauts revenus (de 5 à 10% pendant trois ans) touchant également la « classe politique » ou la suppression de 54 000 postes d'élus locaux, c'est pour mieux dissimuler l'ampleur de la casse sociale poursuivie par un gouvernement Berlusconi plus que jamais impopulaire.



Un État à démanteler : privatisations des services publics, suppression des échelons de proximité et remise en cause de la Constitution



Les plans d'austérité précédents avaient déjà préparé le terrain : gel des embauches de fonctionnaires, coupe dans les ministères de 10% d'ici 2014, suppression de 100 000 postes dans l’Éducation nationale d'ici trois ans. Cette nouvelle « manovra » ne fait que creuser encore un peu plus le terrain labouré.



Outre une nouvelle coupe dans les ministères de 9 milliards d'euros, les nouvelles cibles du gouvernement, du patronat et de l'UE sont les services publics locaux (infrastructures, transports, ramassage des déchets, énergie) dont le gouvernement prévoit la privatisation intégrale. Un marché juteux de 102 milliards d'euros, concernant 270 000 travailleurs italiens.



L'autre chantier est le démantèlement des échelons de proximité de l’État : les communes et les provinces (départements). Le regroupement des communes aboutira à la suppression de 2 000 communes tandis que 30 provinces seront également rayées de la carte pour des économies minimales mais un avec objectif idéologique fort : renforcer politiquement les communautés de commune et les régions, échelon local privilégié par l'UE.



Des régions qui ne sont pas pour autant épargnées par les coupes, s’élevant à 21 milliards dans les deux plans d'austérité précédents. En charge en Italie de services publics fondamentaux, les régions couperont en premier lieu dans ceux-ci, en premier lieu la Santé. Déjà en piteuse état, elle sera poussée de plus en plus à s'ouvrir au privé tout en faisant payer plus les usagers avec l'augmentation du ticket modérateur.



Des attaques gravissimes qui visent au cœur même de l’État italien républicain né sur les ruines du fascisme : la Constitution. Le gouvernement prévoit de modifier l'article 81 pour y instaurer le caractère intangible de l'équilibre budgétaire. Une façon de légitimer constitutionnellement des coupes drastiques dans la Sécurité sociale, en déficit structurel, en raison des cadeaux colossaux accordés aux entreprises (44 milliards d'aides publiques diverses aux entreprises en 2010).



Autre attaque majeure contre la constitution, la modification de l'article 41 qui remet en cause les limites constitutionnelles imposées aux pouvoirs du patron et instaure la liberté totale d'entreprise pour le patronat.



Une offensive de classe contre le monde du travail : le « modèle FIAT » étendu à toute l'Italie



Cette légitimation constitutionnelle de la liberté totale d'entreprise, sans aucune limite légale, est un signe fort envoyé au patronat italien, en particulier au PDG de la FIAT qui avait imposé au début de l'année à ses ouvriers une remise en cause totale de leurs droits sur fond de chantage à la délocalisation.



Le « modèle FIAT » s'imposera désormais à tous les travailleurs italiens.



Les accords d'entreprise conclus par référendums auront désormais valeur d'accord contraignant, supérieur aux conventions collectives nationales. Le fameux article 18 du code du Travail, interdisant les licenciements sans motif valable, sous le feu du gouvernement depuis le début des années 2000, est remis en cause, ouvrant la porte aux licenciements arbitraires.



Prêt à tout pour faire travailler plus les Italiens, suivant l'exemple Français pour le jour de Pentecôte, le gouvernement italien a annoncé la suppression de trois jours fériés, qui seront désormais célébrés un dimanche. Les trois dates n'ont pas été choisies au hasard : le 1er mai, jour du Travail, le 25 avril, jour de la libération du fascisme, le 2 juin, jour de la République.



Enfin, sur la contre-réforme des retraites, le gouvernement s'est montré plus prudent après avoir toutefois acté lors du dernier plan que l'âge de départ à la retraite serait calculé dès 2014 à partir de l'espérance de vie, permettant d'envisager un recul de cinq ans sur quatre décennies, pour atteindre les 70 ans en 2050.



Seul un changement de rythme a été acté, les femmes du privé seront touchées par l'augmentation du nombre d'années de travail dès 2015 et non 2020, avec comme objectif 67 ans en 2028.



Un front d'opposition patronat/syndicats/opposition pour « une autre politique de rigueur »



Une chose est sûre, ce plan d'austérité ne fait pas l'unanimité. Mais le « front » d'opposition hétéroclite formé par la Confindustria (patronat italien), les syndicats (dont la CGIL ex-communistes), les caciques de la droite et l'opposition de « gauche » ne se soucie guère du sort des travailleurs italiens. Ils réclament au contraire une « autre politique de rigueur ».



La présidente de la Confindustria, Emma Marcecaglia a annoncé la couleur, la manœuvre n'est pas satisfaisante pour le patronat car elle n'engage pas de réformes structurelles, qui devraient s'articuler autour de trois points : privatisation et libéralisation intégrales ; réforme de la fiscalité avec hausse de la TVA et baisse des impôts sur les entreprises et le revenu ; contre-réforme des retraites accélérée touchant également le montant des pensions actuellement versées.



Outre une partie de l'appareil du PdL, en particulier les dirigeants locaux, c'est le Parti démocrate (PD), de « gauche », qui se fait le héraut des revendications patronales. Le secrétaire du PD Pier-Luigi Bersani a certes affirmé son opposition à la « manovra » pour mieux se déclarer disponible à former un « gouvernement de transition » sans Berlusconi mais pas sans le centre-droit pour mener à bien la manœuvre. Il a même proposé publiquement sa « manovra » centrée sur une politique de libéralisations et de privatisations, et ouverte à un dialogue avec la droite sur l'augmentation de la TVA et une contre-réforme des retraites.



Sur le front syndical, comme à l'accoutumée, les syndicats jaunes de la CISL (catholique) et de l'UIL (socialiste) ont adhéré à la « manovra ».Hélas, l'ancien syndicat organiquement lié aux communistes, la CGIL, fait des pas de plus en plus clairs en direction de la « collaboration de classe » avec le patronat.



Après l'accord du 28 juin sur la représentativité syndicale signé par la CGIL limitant notamment le droit de grève et entérinant la fin effective des conventions collectives, la direction de la CGIL a signé avec le patronat et les autres syndicats le 4 août dernier le « pacte entre partenaires sociaux », s'accordant sur les nécessaires « réformes structurelles » à mener pour « moderniser l’État social ».



Un alignement pur et simple sur les positions patronales, qui permet de comprendre pourquoi en dépit d'un rapport de force inédit pour les forces de classe dans le pays – avec 1 millions de métallos dans les rues de Rome en octobre 2010 – aucun mouvement de grève d'ampleur n'a pu se dessiner dans le pays.



Le champ est laissé libre à l'extrême-droite qui se fait le champion de la défense des « petites gens » et des « classes moyennes » touchées par la 'manovra'. La Ligue du Nord a affirmé publiquement son opposition à toute contre-réforme des retraites, en en faisant un motif de rupture potentiel avec la majorité.



Et les communistes dans tout cela ? Ambiguïtés d'une politique d' « unité de la gauche » à tout prix



Et les communistes dans tout cela ? Ils s'opposent sans ambiguïté aux mesures proposées par la « manovra » et dénoncent une offensive de classe contre le monde du travail, que ce soit le PdCI ou Refondation communiste. Toutefois, les perspectives politiques étroitement institutionnelles qu'ils offrent dans le cadre de la Fédération de la gauche (FdS) contribuent à obscurcir leur opposition.



Comment envisager, comme le secrétaire de Refondation communiste Paolo Ferrero l'affirme, une alliance avec le PD pour le « tirer vers la gauche », lui qui est sur les questions économiques plus à droite que Berlsuconi lui-même ? Comment envisager un « pôle de la gauche d'alternative », objectif de la Fédération de gauche, avec le parti de Nichi Vendola (Gauche, écologie et libertés) et l'Italie des Valeurs (IdV) du juge DiPietro, alors que les deux leaders anti-communistes de « gauche » se sont affichés en faveur de la ligne d'une « autre politique de rigueur » du PD ?



L'ampleur de l'offensive du gouvernement contre le monde du travail, la fonction publique mais aussi la Constitution et l’État républicains italiens font ressentir de plus en plus le vide provoqué par la liquidation du Parti communiste italien, il y a vingt ans de cela. Face à des forces syndicales acquises à la collaboration de classe, une « gauche » plus à droite que la droite et enfin des communistes en manque de repère : plus que jamais, le peuple d'Italie a besoin du Parti communiste italien, et de sa reconstruction immédiate sans ambiguïtés ni compromissions !



Retour à l'accueil