ouvriers-paysansUn député européen communiste portugais accuse la Politique agricole commune (PAC), contraire à une agriculture au service des peuples et respectueuse de l’environnement

 

 

La PAC est nuisible

 

 

Un regard sur l'agriculture et l'environnement

 

 

 

 

L'agriculture, comme toute autre activité humaine, présuppose une interaction entre l'homme et la Nature. L'homme est partie intégrante de la Nature et agit sur elle, sur ses ressources et ses éléments – l'eau, les sols, les êtres vivants. C'est à travers son travail, l'action créatrice sur ces ressources, que l'homme satisfait ses besoins fondamentaux, comme se nourrir, et bien d'autres encore.

 

 

FERREIRA JOAO PTPar Joao Ferreira, député européen du Parti communiste portugais



Traduction AC d’un article d’Avante, hebdomadaire du PC Portugais, pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En agissant sur la Nature, l'homme la modifie. La modèle. La Nature produit, elle aussi, des effets sur l'homme, qui en est partie intégrante. Entre les deux s'institue une relation dialectique, où les deux s'influencent mutuellement.



L'émergence des premières sociétés productrices, dans le Néolithique, marque un changement qualitatif important dans la relation de l'homme avec la Nature. L'homme cesse juste d'être un chasseur-cueilleur, comme il l'était jusque-là, et commence à élever des plantes et des animaux, se servant de la combinaison de diverses ressources naturelles pour, à travers son travail, satisfaire ses besoins d'alimentation, entre autres.



L'action de l'homme sur la Nature – contrairement à ce que l'on croit parfois (ou de ce que certains veulent faire croire) – n'est pas nécessairement néfaste ou destructrice. Elle dépend, en grande partie, du contexte des rapports sociaux et économiques dans lesquelles elle se produit et de ses objectifs.



Pendant des siècles, l'agriculture en Europe a façonné les paysages et les éco-systèmes naturels. Le type d'agriculture pratiqué, une agriculture extensive, avec une incorporation nulle ou réduire de fertilisants et d'autres produits de synthèse chimique, visant principalement à la satisfaction des besoins locaux et régionaux, avec des chaînes d'approvisionnement courtes, a créé des systèmes agro-écologiques de haute valeur, du point de vue de la bio-diversité (animale, végétale, microbienne) et du point de vue de son utilité pour les hommes – c'est-à-dire, de son importance dans les cycles bio-géo-chimiques, déterminants pour la prestation de ce que l'on a coutume d'appeler les “biens publics”, comme l'eau, l'air pur ou les sols fertiles.



On trouve aujourd'hui en Europe des habitatset des espèces animales et végétales, dont l'existence est due à l'action transformatrice de l'homme sur la Nature, à travers l'activité agricole. Des habitats et des espèces qu'il est vital de préserver, certaines d'entre elles considérées comme prioritaires, protégées par diverses législations, y compris les directives communautaires Oiseauxet Habitats. Il s'agit d'habitats et d'espèces qui n'existeraient pas dans de nombreuses régions sans action de l'homme. Et qui disparaîtront dans le futur – et beaucoup courent actuellement ce risque, si cette action cessait ou se modifiait de façon significative.



C'est l'exemple des montados[sorte de savane ibérique], de certaines prairies en altitude, des steppes céréalières et de tant d'autres. Des habitats qui abritent une faune et une flore remarquables et qui sont tous associés à un certain type d'activité agricole ou agro-pastorale. Et qui disparaîtront si cette activité cessait.



La politique agricole commune et l'environnement



Le type d'agriculture pratiquée en Europe s'est considérablement transformé, en particulier au cours de la seconde moitié du XXème siècle, dans un processus dynamique toujours en cours. Tout en adoptant des caractéristiques spécifiques dans chaque pays, ses aspects centraux sont communs à chacun d'entre eux.



Dans les dernières décennies, la Politique agricole commune (PAC) et ses réformes successives sont indissociables de ces modifications en y jouant un rôle déterminant.



Au fil des ans, la PAC a défendu l'abandon des modes de production extensifs, compatibles avec la préservation de la bio-diversité dans les zones rurales, dans certains cas même créateurs de cette bio-diversité; et a promu des modèles de production intensive, tourné vers l'exportation, avec une forte incorporation d'eau, d'énergie et de fertilisants et autres produits de synthèse chimique.



C'est l'Agence européenne de l'environnement même, une agence de l'Union européenne, qui en 2009, dans une publication sur les “Questions environnementales clés pour l'Europe”, affirmait que “la plupart des agriculteurs ont soit intensifié la production soit abandonné totalement l'agriculture”.



La première phase de la PAC est marquée par une croissance significative de la production, en particulier dans les pays du centre de la CEE/UE, initiateurs du processus d'intégration. Dans une seconde phase, déjà marquée par une grande quantité d'excédents agricoles au niveau de ces pays, et déjà après les élargissements successifs qui ont constitué une périphérie de la CEE/UE (Irlande, Grèce, Portugal, Espagne), où ces produits pouvaient plus facilement être écoulés, la PAC commença à soutenir simultanément l'abandon de l'activité agricole et la réduction de la production.



Soit, d'une part, la PAC a continué à soutenir et à promouvoir les mêmes systèmes de production intensive décrits ci-dessus; d'autre part, elle a promu l'abandon de l'activité, en particulier pour les petits et moyens agriculteurs et pour l'agriculture familiale.



En conséquence, nous pouvons dire qu'il y eut une délocalisation et une concentration de la production. Ont disparu des petites et moyennes exploitations extensives, concentrant la production dans de grandes productions intensives. C'est également vers ces grandes exploitations intensives, tournées vers l'exportation, que sont dirigées la plupart des subventions dans le cadre de la PAC. Il s'agit d'un processus typique de concentration capitaliste qui, en conduisant à la prédominance d'un mode de production capitaliste dans l'agriculture européenne, accompagne le développement plus général du processus d'intégration capitaliste européenne que fut et qu'est la CEE/UE. Ce processus de concentration se déroule dans chaque pays et à l'échelle de l'UE, avec le démantèlement des systèmes productifs touchant de façon différente les divers Etats-membres. Certains d'entre eux – comme c'est le cas du Portugal – augmentèrent significativement leur dépendance alimentaire, remettant en cause leur souveraineté alimentaire.



En parallèle à la PAC et au marché unique, les politiques commerciales internationales – notamment les politiques de libéralisation et de dérégulation du commerce mondial – tendent à accentuer ce phénomène et à lui conférer une dimension mondiale. Les besoins alimentaires des populations commencèrent à être assurées par la production d'aliments réalisée dans d'autres régions, d'autres pays voire d'autres continents. Les chaînes d'approvisionnement devinrent beaucoup plus longues; les intermédiaires entre producteur et consommateur prirent un poids déterminant. Les flux d'énergie augmentèrent de manière extraordinaire tout comme ceux des biens inhérents à la satisfaction des besoins alimentaires des populations.



Les conséquences des modifications décrites sont multiples et profondes, à la fois sur les plans économique, social, environnemental, de santé publique et de sécurité alimentaire. Concentrons-nous sur les conséquences environnementales.



Aliénation du rapport de l'homme à la nature



L'intensification de la production a mené à un usage toujours plus important et moins efficace de l'eau, de l'énergie, des fertilisants et des pesticides ; la dépendance (directe et indirecte) de l'agriculture envers les combustibles fossiles a augmenté ; des régimes de monoculture et une réduction du nombre des espèces cultives ou créées ont été promus. Les problèmes de pollution, en particulier par des composts riches en azote et en phosphore, des sols et des ressources hydriques (de surface ou sous-terraines) prirent une ampleur préoccupante dans de nombreux cas. Les sols se dégradèrent d'un point de vue physique (avec l'augmentation de l'érosion en conséquence de sollicitations plus agressives), chimique (avec la pollution) et biologique (avec la réduction des matières organiques et de la diversité microbienne). Il y eut une réduction significative de la bio-diversité – de la faune, de la flore et des sols. Les émissions des gaz à effets de serre augmentèrent.



Le processus de désertification du monde rural s'accéléra. Au Portugal, depuis l'adhésion à la CEE/UE, furent liquidées des centaines de milliers d'exploitations agricoles – essentiellement des petites et moyennes exploitations et l'agriculture familiale. Nous assistons à la migration des populations rurales vers les zones urbaines. Les déséquilibres dans la répartition de la population se sont approfondi, ce qui a des conséquences à divers niveaux, et y compris au niveau environnemental.



D'une part, l'abandon des champs compromet les systèmes agro-écologiques traditionnels – leur bio-diversité et leur utilité pour l'homme, affectant la prestation des biens publics. La végétation se modifie, devenant de plus en plus vulnérable aux feux, dont l'ampleur, parfois dévastatrice, est liée à l'absence de toute activité humaine sur de vastes étendues du territoire. Il s'agit d'authentiques catastrophes environnementales, auxquelles se montrent particulièrement vulnérables, comme nous l'avons vu au cours de ces dernières années, les pays du Sud de l'Europe.



D'autre part, la concentration de la population dans les zones urbaines a conduit fréquemment à une occupation du territoire problématique, avec la croissance désordonnée de grandes villes, et qui tend à créer une énorme pression sur certains éco-systèmes, certains particulièrement sensibles, donc, comme c'est le cas des zones costières.



Nous sommes confrontés à ce que, il y a 150 ans de cela, avec une extraordinaire capacité d'anticipation, Marx affirmait être l'aliénation du rapport de l'homme à la nature.



Dans le même temps que de vastes régions rurales en Europe sont vouées à l'abandon, à l'échelle mondiale, dans divers pays en développement, s'intensifie la pression pour revendiquer de nouveaux domaines cultivables sur les éco-systèmes naturels, comme les forêts et les régions humides, contenant une énorme bio-diversité et d'importantes réserves de carbone. Ces domaines cultivables, intensifs, en régime de monoculture, sont destinés à des productions en direction des pays industrialisés (voir l'exemple des bio-carburants).



Dans ces pays également, l'industrialisation de l'agriculture, menée par les multi-nationales de l'agro-alimentaire, avec le développement d'un modèle intensif d'exportation, conduit en parallèle à la destruction de la petite et moyenne agriculture et à l'augmentation de la dépendance alimentaire. Cette dépendance accroît la vulnérabilité par rapport à la volatilité des prix des biens alimentaires pouvant conduire – comme l'expérience vient de nous le démontrer – à des situations explosives du point de vue social et dramatiques du point de vue humanitaire.



Les modèles de production qui menacent et dégradent la Nature sont les mêmes qui menacent la souveraineté et la sécurité alimentaire de divers pays et de leurs peuples respectifs.



Dans le contexte de la formation économique et sociale actuellement dominante – le capitalisme, dans sa phase actuelle de développement, le néo-libéralisme – l'homme en vient à mettre en place un rapport « insoutenable » avec la nature. Soit une relation qui épuise et dégrade la Nature et ses ressources à une vitesse supérieure à sa capacité de régénération naturelle. Ainsi, on compromet en terme la satisfaction des divers besoins humains, y compris l'alimentation.



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