Union Européenne et Afrique: coopération ou domination?

 

de João Ferreira, député européen du Parti Communiste Portugais


Article d'Avante (hebdomadaire du PC Portugais) du 12 novembre 2009, numéro 1876


 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre (…) c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui affranchit »



Les relations de domination économique et politique entre les pays du centre et ceux de la périphérie du système capitaliste s'établissent sous des formes multiples et diversifiées.



En Afrique, le mouvement de lutte pour la libération du joug colonial, qui a dominé le continent dans les années 60, n'a réussi à garantir ni une indépendance économique réelle des nouveaux pays, ni leur souveraineté sur un territoire et des ressources naturelles de grande valeur et, c'est pour cela même, qu'ils restent la cible permanente de l'avidité, des rivalités et de la rapine [impérialistes].



Les politiques d'ajustement structurel, imposées à partir d'une dette extérieure étouffante, ont joué un rôle central dans l'établissement de ces relations de domination/assujettissement. Et leurs effets se sont accentués, de manière significative, avec les défaites du socialisme à l'échelle mondiale.



A ce sujet, voyons ce qui est sorti de la 4ème Rencontre régionale de l'Assemblée parlementaire paritaire Union Européenne (UE) – Pays de l'ACP (Afrique, Caraibes et Pacifique), qui a réuni, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, des membres du parlement européen et des députés des pays d'Afrique Occidentale. Parmi ces derniers, sur 16 pays (anciennes colonies françaises, anglaises et portugaises), 12 font partie des pays les plus pauvres du monde.



Parmi les différents sujets à l'ordre du jour – l'intégration régionale, la stabilité politique et la sécurité, et le changement climatique – tous subordonnés à la stratégie de l'UE pour la région, un d'entre eux a joué un rôle central, concentrant, en soi, une part fondamental des efforts actuels pour assurer la domination et l'exploitation de l'UE sur la région: les soi-disant « Accords de partenariat économique » (APE).



De nouveaux instruments de domination



En discussion depuis 2002, les APE sont des accords de libre-échange entre l'UE et les pays ACP, qui ont été négociés avec les différents blocs régionaux. Quant aux pays africains, les négociations, que l'UE espérait conclure d'ici la fin 2007, ont trainé en longueur et la signature des accords reportée grâce à la résistance des états africains, qui sont bien conscients des risques inhérents à la conclusion des « accords » dans les conditions proposées par l'UE.



Les APE imposent l'ouverture des marchés africains aux biens et services venant de l'UE, avec l'élimination des taxes sur les importations (au moins 80% d'entre elles), et l'accès préférentiel par rapport aux autres concurrents (les Usa et les puissances émergentes, avec une attention particulière à la Chine), la « libéralisation et la sécurisation des investissements européens », la facilitation de l'accès aux ressources naturelles, l'élimination des restrictions aux exportations de matières premières vers l'UE, la garantie de la « protection juridique » des entreprises et des investissements européens, le respect des droits de propriété intellectuelle, l'application des règles de la libre concurrence.



L'énorme crise dans lequel le monde est plongé – et l'impact qu'elle a eu en particulier sur les pays les moins développés, sur les plans économique, social, alimentaire et environnemental – ne suffit pas à tempérer la rhétorique néo-libérale qui prétend, hypocritement, que les APE sont une occasion unique pour les pays africains de « donner un nouvel élan à sa croissance économique », de « bénéficier de l'ouverture de nouveaux marchés pour ses produits » et de « s'engager dans le processus d'intégration à l'échelle internationale », en intégrant leurs économies dans « l'économie mondiale ».



Dans un contexte différent, dès son entrée dans le « marché commun », le Portugal savait bien ce que signifiait cette « occasion unique »: le démantèlement progressif d'un appareil productif fragile et naissant comparé à ceux des grandes puissances avec lesquelles il a été mis en concurrence frontale; une dépendance croissante vis-à-vis des importations qui, au niveau alimentaire, dépasse déjà les 70%; et de nouveaux marchés, oui, mais essentiellement pour le capital étranger.



Dans le cas des pays africains, étant donné leur stade de développement économique et leur forte dépendance vis-à-vis du secteur primaire, les conséquences pourraient être bien pires.



Pour surmonter la résistance des pays ACP à signer ces accords, l'UE n'hésite pas à recourir à un chantage à peine voilé, conditionnant l'octroi de « l'aide au développement » à la signature des APE, renommés à l'occasion également « accords de libre-échange pour le développement ». Dans les pays dans lesquels l'aide étrangère en arrive à représente plus de 50% de leur budget, la pression est forte et la résistance difficile.



Ainsi on tisse les mailles du filet du néo-colonialisme dans ce continent martyrisé...



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