berlusconi israelVisite de Berlusconi en Israël


Inacceptable soutien politique au régime israélien massacreur de Gaza



par Fabio Amato, secrétaire aux relations internationales du Parti de la Refondation Communiste (PRC)



dans Liberazione, organe du PRC



Traduit par MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La visite de Berlusconi en Israël a été célébrée sans qu'aucune voix critique venant de l'opposition parlementaire ne se soit élevée. Un an après Plomb durci, caractérisée comme un crime de guerre même par l'ONU, et après deux jours de propos louangeux en Israël, le Président du Conseil se rappelle enfin que Gaza existe, mais seulement pour absoudre l'agresseur et condamner les victimes. Quelle honte! Il qualifie de « juste réaction » le massacre de 1500 victimes innocentes, les destructions par milliers, l'utilisation d'armes interdites comme le phosphore blanc, l'embargo immoral et inhumain, avec plus d'1,5 million de personnes privées de tout, entassées dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde. On le sait, l'homme aime se pavaner, et se faire bien voir par tout le monde. Où qu'il aille, il doit en sortir les unes plus grosses que les autres juste pour satisfaire son ego, et ne pas perdre la face devant son vis-à-vis. Il rend visite à Loukachenko, le reconnaît comme un leader aimé de son peuple, et se contre-fiche des valeurs libéraux-démocrates tant vantées, la même chose quand il rencontre Khadafi, à qui il délègue le sale travail contre les immigrés. Avec Poutine, c'est tape dans le dos, petites blagues et odeur de gaz. En Israël, donc, en plus de louer les mérites d'Israël, il oublie tout à coup qu'il est le chef d'un gouvernement d'extrême-droite, où on trouve des ministres de la Défense qui font l'apologie de la X-Mas [corps d'élite du régime fasciste placé sous commandement nazi à partir de 1941 spécialisé dans la traque et le massacre des communistes italiens], un parti comme la Ligue du Nord infesté de dirigeants qui appellent à la haine raciale, des nostalgiques et des révisionnistes qui veulent mettre sur un même plan les fascistes de la République de Salo et les partisans de la Résistance et pourtant, contrairement à ce qu'il fait en Italie, il est donc prêt à célébrer la lutte de libération contre le nazisme et le fascisme. Le gouvernement Israélien, de son côté, se moque de l'alliage idéologique xénophobe et néo-fasciste de la droite italienne, et jubile de pouvoir bénéficier d'un soutien venant du coeur de la Méditerrannée et de l'Europe. Il n'y a pas à s'en étonner.



La politique israelienne dans les territoires occupés et à Gaza est du colonialisme pur et dur, c'est la création d'un véritable système d'apartheid.


 

Ce gouvernement et ses représentants se sont toujours opposés à la naissance d'un État palestinien. Le ministre des Affaires Étrangères Liberman est un fanatique extrémiste avec des positions ouvertement racistes, qui par ses sorties xénophobes rivalise avec Borghezio [dirigeant de la Ligue du Nord – connu notamment pour ses sorties anti-arabes]. Mais le soutien inconditionnel à Israël et à sa politique intransigeante n'est certainement pas dû au caractère du Président du Conseil. On peut bien mettre ses sorties malheureuses sur son compte. Ce soutien à Israël est revendiqué consciemment par Berlusconi comme un changement géopolitique stratégique.

 

C'est la fin de soixante ans de politique étrangère de notre pays. Son voyage porte un coup à l'idée d'une Italie et d'une Europe fortes en Méditerranée, autonomes et capables de dresser des ponts avec le monde arabe, de favoriser un dialogue et une solution politique au conflit israélo-palestinienne. Et, à l'opposé, la relance de l'idéologie néo-conservatrice est le coup de queue d'un vétéran non repenti de l'époque de la guerre préventive. Berlusconi est un formidable incitateur à la haine, qui attise les fondamentalismes; à commencer par le sien. Celui de la défense de l'occident au nom des droits de l'Homme, sur courant alternatif. Et la politique idéologique qui nourrit le choc des civilisations, qui unit nos droites et les droites du monde entier dans leur entreprise commune d'instrumentalisation politique de la peur. Elle est rendue possible actuellement pour deux raisons. La première, c'est que celui qui devrait mettre un terme à cette ère, Barack Obama, ne l'a pas fait. Du discours d'automne dernier du Caire, il reste bien peu de choses. Israël continue à construire des colonies et à voler la terre des palestiniens, à les chasser de Jérusalem-Est et à étrangler Gaza. Dans son bras de fer avec le gouvernement de Tel-Aviv, ce dernier en est sorti victorieux. L'autre raison, c'est l'Europe, pour la simple et bonne raison qu'elle n'existe pas, un nain politique divisé et incapable d'avoir une politique étrangère autonome; à la botte de l'OTAN comme le sont les nouveaux pays de l'Est dont l'Italie s'est fait le chef de file, en se complaisant dans l'atlantisme le plus extrême. La paix au Moyen-Orient et la fin de la désastreuse époque de la guerre contre le terrorisme, de l'affreuse théorie du choc des civilisations, dont s'abreuvent les fondamentalistes de tout bord, passent par une seule voie: la reconnaissance du droit du peuple palestinien à avoir son État et sa terre. Une paix qui ne peut que reposer sur le respect du droit international, des résolutions bafouées en toute impunité par tous les gouvernements israéliens.



C'est ce que devrait faire l'Italie: au lieu d'absoudre Israël pour le massacre de Gaza, exiger qu'il mette fin à l'occupation militaire.



Nous voudrions dire au peuple palestinien, qu'il a le plus profond respect du peuple italien, qui n'est représenté en rien par les prises de position et de parole d'un égocentrique qui a pris en otage ce pays pour défendre avant tout ses intérêts, l'a plongé dans le recul de civilisation et l'a ridiculisé aux yeux du monde. A cet égard, un homme comme Sandro Petrini [président socialiste de la République italienne de 1978 à 1985] nous manque cruellement. L'Italie, c'est la solidarité encore forte exprimée par la société civile, qui par chance continue à vivre, quotidiennement. Par le bas. Avec les campagnes d'information et de solidarité à la cause palestinienne, à travers les instruments, comme la campagne BDS, qui peuvent pointer du doigt les décisions et la complicité des gouvernements, à commencer par le nôtre.

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